Par delà les montagnes

A travers ce billet, je vais vous faire découvrir mon quotidien, en vous contant 3 jours dans le Yunnan entre Er Yuan, ville sans intérêt et un petit village 200 km plus au nord dont je ne saurais vous dire le nom.

Pour sortir de Er Yuan, pas le choix, il faut prendre la route nationale G214. A Niujie, 2 choix se présentent à moi :

  • continuer sur la G214 et contourner la montagne : 60 km pour rejoindre Shaxi, vieille ville un peu touristique, mon objectif du jour
  • prendre un raccourci en passant par la montagne comme le suggère le GPS : 30 km mais 750m de dénivelé

Vous l’aurez compris, je préfère prendre la petite route et éviter le trafic. C’est bien plus intéressant.

Avant de commencer la montée, je croise des villageois à qui je demande si la route existe bien et est praticable. Ils me disent que oui, me voilà donc partie.

1er virage et début de la montée. Le choc, une pente à 10% ! Je monte tant bien que mal, mais dois me résoudre à descendre du vélo et pousser, c’est trop pentu. Fort heureusement, ça ne dure pas. Je continue mon ascension quelques hectomètres. La route se transforme en chemin. Hum, suis-je capable de supporter ce genre de terrain sur les 15 km d’ascension. J’hésite, je tergiverse. Une partie de moi veut continuer, l’autre partie veut rebrousser chemin. En France, j’aurai pris la seconde option. Mais là, c’est la Chine, tout est possible. Je continue donc.

Le chemin est tantôt rocailleux, tantôt boueux. Vue la pluie qui est tombée la veille, ce n’est pas étonnant. Mon compteur ne s’en est pas encore remis d’ailleurs. Aujourd’hui, les nuages sont bien présents, le ciel est menaçant, mais en cette matinée je suis épargnée par la pluie. Je monte à mon rythme tranquillement à travers la forêt de pins, et profite du paysage splendide avec en toile de fond les sommets enneigés.

Il est 12h30, je m’arrête déjeuner. Au menu, nouilles avec des petits pois achetés ce matin au marché, bananes et raisins secs en dessert. Je suis requinquée, je continue. La température n’est pas très élevée mais j’ai chaud. Les gouttes de sueur perlent sur mon visage. Encore 2h d’ascension et j’arrive au sommet. Je suis à 2809m. Surprise il y a une maison isolée. Un chien aboie, une femme est au téléphone (ça capte ! ). Je me recharge en eau et me remets en route.

Alors que dans la montée, j’ai croisé 3 motos et un 4×4, l’autre versant de la montagne est plus habité. Beaucoup de fermes de ce côté-ci. Je dis bonjour aux bergers qui me regardent interloqués.

La descente n’est pas plus simple que la montée. Le problème ici : la boue. Et comme toujours les gardes-boues font bien leur boulot. J’ai du mal à avancer. J’enlève la boue avec de petits bouts de bois. Après maints arrêts, je décide de sévir. J’enlève les sacoches du vélo et j’enlève les roues pour nettoyer proprement ces gardes-boues. Une pluie fine commence à tomber, ça devait bien arriver ! Malgré cela, je suis bien. Les paysages, le calme ambiant sont plus forts que les petites difficultés.

La suite de la descente se fait bien. Retour progressif à la civilisation.

J’arrive à Shaxi, trouve une auberge avec lit en dortoir….mais je suis seule ! C’est parfait.

Il est 18h15, l’heure d’aller dîner. Je me promène dans le village à la recherche d’un restau pas trop touristique. Un groupe de jeune touristes chinois m’aborde. L’un d’eux parle anglais. Il me propose de dîner avec eux. L’occasion de manger mon 1er Hot Pot, la fondue chinoise.

Voilà une riche journée qui s’achève, ce genre de journée qui vous font vous sentir plus fort.

Jour 2 : j’innove pour le petit déjeuner. Le voyage c’est aussi la découverte culinaire. Je teste donc leur sorte de wrap aux pommes de terre râpée et épicées, et à la saucisse….c’est surprenant ! Toujours dans mon optique d’éviter les grosses routes, je décide de repartir un peu vers le sud pour mieux remonter ensuite. La route suit une vallée encaissée, les paysages sont splendides, et aujourd’hui en plus il fait très beau. A 11h30, je m’arrête dans un village pour faire les recharges en eau en vue du déjeuner. Une porte donnant sur une cour d’une entreprise est ouverte. J’entre. Je trouve un point d’eau et demande aux hommes attablés dans la pièce d’à-côté si je peux me servir. Ils m’invitent à partager leur repas, des plats bien gras comme souvent en Chine. Et comme d’habitude, on me gave :

  • Reprends du riz
  • Merci bien, mais je suis rassasiée, j’ai déjà pris 4 bols de riz en plus de tout le reste !

Je repars une heure plus tard le ventre bien plein.

La route se transforme rapidement en route pavée, pas très agréable à rouler. Je croise beaucoup de bergers avec leurs troupeaux de vaches ou de chèvres.

A 17h j’arrive à Madeng, une petite bourgarde où je refais le plein d’eau et discute un peu avec les marchands qui vendent du poisson et de la viande (toujours surprenant de voir la tête de bœuf entière sur l’étale). Je demande où je pourrais planter la tente, on m’indique le parc public. Je dis merci et m’en vais. Je trouve finalement un endroit où planter la tente 10km plus loin, dans un petit bois sur une colline.

Jour 3 : Il fait nettement moins beau aujourd’hui. Après 25km sur une route principale, je bifurque et comme à mon habitude, je me retrouve sur une route en mauvais état et/ou pavée. Malgré cela j’avance assez vite 10-12km/h. Je n’ai pas très faim, je décide donc d’arriver à Hexi pour déjeuner. J’y suis à 14h, en même temps que la pluie. Je commande le traditionnel fried rice que l’on me fait payer très cher 15 rmb alors qu’il est habituellement à 10. Je repars 1h30 plus tard, la pluie est toujours là. Je roule dans les trous et dans la boue. Ce qui devait arriver arriva : ma roue arrière se desserre un peu et touche les freins. Je m’arrête, enlève les sacoches et c’est parti pour une petite réparation sur le bord de la route. Je me demande si une âme charitable va s’arrêter pour savoir si j’ai besoin d’aide….que nenni ! Je corrige le problème en 3 minutes. La roue est légèrement voilée mais le mieux est l’ennemi du bien, elle restera comme ça.

A 17h et à 4 km du début d’une ascension de 16km, voyant quelques maisons, je préfère m’arrêter pour la nuit. Je monte la pente et arrive à une petite cahute en bois. Un couple est là au coin du feu. Ils m’invitent à prendre le thé et à me sécher. Le feu est réconfortant. J’insiste un peu, mais ils acceptent finalement que je reste dormir sur la paillasse en bois. Ils ont du mal à comprendre comment je peux préférer ça au confort de l’hôtel qui se trouve apparemment à 3km. D’une part, je suis fatiguée et 3km dans de mauvaises conditions, ça peut prendre 45 minutes. D’autre part c’est bien plus enrichissant de passer la nuit ici. Après le repas (œufs frits, champignons cuits dans les braises, et foie aux petits oignons), je suis invitée dans le « salon » dans la maison principale pour regarder le feuilleton. Et oui les séries à l’eau de rose et aux intrigues improbables sont universelles ! A 21h, je pars me coucher et m’endors au bruit des derniers crépitements du feu.

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Une réflexion sur “Par delà les montagnes

  1. DESRIVIERES

    en lisant ton blog, je voyage avec toi. je me permets de te tutoyer, je suis une collègue à ta mère .je suis à la retraite et avec mon cher et tendre nous nous sommes mis à à faire des itinéraires en tandem (canal de Nantes à Brest Aout 2016) , mais pas à la même échelle. Bravo à toi,

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